samedi 17 août 2013

"MANIFESTE POUR UNE NOUVELLE SPIRITUALITÉ" Par Yann Thibaud, dernière partie





La sagesse du désir
Comment l'être éveillé, éclairé et évolué en nous-même pourrait-il en effet se faire entendre, si ce n'est par des intuitions soudaines, des impulsions, des idées, des envies, des aspirations, autrement dit des désirs ?
Ainsi le désir n'est ni diabolique, ni source de toute souffrance, comme nous le serinent les religions depuis quelques millénaires, mais tout au contraire l'expression de l'être essentiel, le message de la sagesse intérieure et l'impulsion primordiale de vie, sans laquelle nous ne serions que des cadavres ou des robots.
Ne confondons pas les désirs véritables, qui viennent de nous-même et qui nous sont profitables, avec des attitudes-réflexes qui nous sont dictées par le milieu social et l'idéologie de la consommation permanente : s'abrutir tous les soirs devant la télévision pour ne plus penser, ou vider la moitié du frigo pour ne plus ressentir le vide de sa vie, ne sont pas les vrais désirs du cœur ou de l'être intérieur, mais bien une fuite, un évitement ou un déni de ceux-ci.
Le désir est donc à écouter, ressentir, découvrir et honorer ; il est le signal intérieur précieux et puissant, par lequel notre intuition nous fait savoir quelle est la meilleure voie à suivre, le chemin qui nous mènera à l'accomplissement et au succès.



Le désir est illuminateur : il est la voix de l'aspect de nous-même qui aspire à la beauté, au plaisir, à la joie, à l'amour et à une vie enchanteresse.
Dans les années soixante, les enfants du « baby-boom » ont, une fois devenus adultes, vécu, pour une large partie d'entre eux, une véritable révolution du désir, un prodigieux et mystérieux éveil collectif de conscience.
Ils ont su se libérer de leurs peurs ainsi que des tabous, interdits et préjugés de leur classe, leur milieu d'origine ou leur éducation, pour suivre leurs désirs, leurs sentiments, leurs intuitions et leurs idéaux : en très peu d'années, ils inventèrent, découvrirent ou réactualisèrent tout ce qui, aujourd'hui encore, apparaît comme la base d'une société désirable, harmonieuse et alternative : l'écologie, la libération sexuelle, le féminisme, la remise en cause de la société de consommation, du culte du travail et de l'argent-roi, le retour à la terre, la création de communautés, le partage et la gratuité, l'objection de conscience et de croissance, la prise de décision par consensus, la culture par et pour tous, la liberté vestimentaire, les thérapies psycho-corporelles, les écoles différentes, la naissance sans violence, les architectures innovantes (dômes, zomes), etc.
 
Peace and love, paix et amour, disaient les « enfants-fleurs » à San Francisco : comment pourrait-on mieux résumer l'enseignement du Christ ?
Peut-être furent-ils les premiers à véritablement comprendre son message, lui qui n'a jamais prôné le sacrifice, le renoncement, la culpabilité et l’obéissance, mais qui, par son exemple, invitait au contraire à vivre selon la liberté, l'audace et la vérité de son cœur !
Le lien inhabituel entre désir et spiritualité, entre bonheur de vivre et éveil de l'esprit, se lit pourtant clairement à travers l'histoire des cultures et des sociétés.
Est-ce un hasard si les souverains éclairés, tels par exemple François 1er ou Laurent de Médicis à la Renaissance, adeptes de l'art de vivre et des plaisirs des sens, furent également les protecteurs des lettrés et des artistes, et s'entourèrent des esprits les plus avancés de leur temps, inventeurs, visionnaires, sages et penseurs.
Et à l'inverse, les régimes intolérants et autoritaires, obsédés par la vertu, la pureté et le puritanisme, sont justement ceux qui brûlent les livres et emprisonnent les dissidents, car ils ne supportent pas les esprits libres et éveillés.
Ainsi, c'est pendant les périodes d'intense effervescence des désirs et des idées, que les peuples connurent un développement considérable des arts et des sciences, ainsi qu'un renouveau philosophique, moral et spirituel, les deux allant de pair.
Ce n'est donc pas le désir qui crée la souffrance et l’obscurantisme, mais bien sa négation, son interdiction ou son refoulement, le refus de le reconnaître, de l'écouter et de le prendre en compte, au nom d'idéologies punitives et castratrices, qui ne conduisent finalement qu'à la frustration, l'amertume, la résignation et la désespérance.
 
C'est lorsque l'être humain honore et accomplit son rêve, qu'il trouve la joie de vivre, l'apaisement et la plénitude, et non lorsqu'il le fuit, l'ignore et l'enterre, pour faire ce qu'on lui dit ou ce qu'il croit devoir.
Le désir est ainsi la pulsation de vie, le langage du cœur, le souffle de l'esprit ; il conduit aux plus belles destinées, si l'on sait l'écouter, le pister, le trouver.
Car le vrai désir n'est pas acquis d'emblée : c'est un itinéraire, une quête, une alchimie ; il se mérite et demande sincérité et courage.

Voici quelques exemples de cette quête du véritable désir :
Le toxicomane, le pervers ou l'assassin souffre de sa situation ; et s'il est honnête avec lui-même, il reconnaît que son vrai désir et besoin n'est pas de continuer de se livrer à l'auto-destruction, à la dépravation ou à la violence, mais bien d'en guérir et de mener enfin une vie saine, digne et honorable.
Le véritable désir d'un suicidaire n'est pas véritablement de mettre fin à ses jours, mais plutôt de trouver le moyen de transformer sa vie, pour la rendre acceptable, voire même prometteuse.
Lorsque l'on se fâche pour une broutille avec son meilleur ami ou avec la personne aimée, quel est le vrai désir, demeurer dans cette situation douloureuse ou rétablir le contact ?
Et c'est aussi le désir du cœur qui conduit à mettre fin à des relations insatisfaisantes, des emplois inadéquats ou des appartenances désuètes.
Enfin, quel est le vrai désir d'une personne qui se ruine en vêtements de marque ou en voitures de sport, si ce n'est de retrouver l'estime d'elle-même et de réaliser qui elle est vraiment ?
Retrouver et ressentir son véritable désir implique donc de dépasser le stade des réactions premières, émotionnelles, superficielles et conventionnelles, pour entrer en contact avec la profondeur et la vérité de son être.
 
Le désir authentique n'est ni égoïste, ni vain, ni futile ; émanant du meilleur de soi, il s'avère au contraire noble, juste et idéaliste ; de nature intuitive, il prend en compte l'ensemble des paramètres d'une situation et indique la meilleure conduite à tenir, pour des raisons que l'on découvrira souvent par la suite.
Autrement dit, le cœur est intelligent ; et c'est pourquoi le chemin du désir ou de l'écoute de soi n'est autre que l'appel de l'Éveil et la manifestation de l'être intérieur.

La méditation naturelle
Si, comme l'affirment les éveillés eux-mêmes, l'Éveil est ce que nous sommes, notre nature intime et notre réalité ultime, alors il n'est nul besoin de recourir à des techniques complexes ou des initiations exotiques ou ésotériques, pour retrouver la mémoire de notre identité véritable.
Nul besoin en effet de discipline sévère, de pratiques rigoureuses ou de connaissances secrètes pour être soi-même, mais simplement le désir sincère de connaître et comprendre ce qui se passe en soi.
Or, dans notre monde, tout semble fait pour qu'à aucun moment, il ne soit possible de se livrer à cette exploration intérieure, l'esprit étant constamment occupé par de multiples activités et les rares moments de repos, meublés par le son de la radio, de la télévision ou de l'ordinateur.
Même les instants consacrés à la méditation sont le plus souvent employés à se conformer à des techniques, protocoles ou systèmes, consistant à se focaliser sur un son, un objet , un symbole, une idée, un endroit du corps, etc.
Or, pour que l'être intérieur ou le moi profond puisse se manifester, encore faut-il lui en laisser la possibilité et, pour cela, se tourner vers l'intérieur et s'ouvrir à ce qui survient spontanément en soi.
Lorsque l'on entreprend de se connaître et que l'on porte son attention sur son monde intérieur, on est d'abord frappé par sa richesse et son foisonnement : sensations, pulsions, émotions, pensées, désirs, sentiments se succèdent continuellement et (apparemment) sans ordre, ni logique, faisant penser à une jungle grouillante de vie.
Si l'on est adepte de la guerre contre soi, on s'efforcera alors de mettre au pas et faire défiler en rangs bien ordonnés, ce peuple intérieur décidément trop indiscipliné et exubérant ; autrement dit, on tentera, en vue de méditer, de chasser ses pensées (parce qu'elles émanent du « mental », cette sorte d'entité dégoûtante et monstrueuse, censée être la cause de tous nos maux !), de nier ses pulsions et de masquer ses émotions ; et l'on n’aboutira qu'à brider, brimer et briser sa nature intérieure, ses envies, ses instincts, son besoin de bonheur, de joie, de liberté, sa créativité, sa sagesse et son esprit.

Mais si l'on accepte son monde intérieur tel qu'il est, en se contentant de le percevoir avec intérêt, bienveillance et neutralité, alors il reprendra forme et sens : les pensées, dès lors qu'elles sont écoutées, honorées et prises en compte, peuvent s’approfondir, quitter le plan superficiel des réactions émotionnelles et réflexes conformistes, pour donner lieu à des prises de conscience émanant de la sagesse intérieure, s'avérant être source de compréhensions, révélations et inspirations appropriées ; les émotions perçues, acceptées et libérées, se transmutent alors en paix, joie et plénitude ; quant aux désirs, si leur substrat émotionnel se transmute, ils s'approfondissent également et deviennent des intuitions justes et pertinentes, provenant des couches profondes de la conscience.

Ainsi ce que l'on pourrait appeler la méditation libre, naturelle ou spontanée, au lieu d'imposer un ordre arbitraire et artificiel à ses pensées, désirs et sentiments, consiste simplement à les accepter, les laisser être et suivre leur cours naturel, que l'on ne peut déterminer par avance, mais qui aboutit toujours à une réorganisation, réharmonisation et clarification de l'esprit.
Méditer ne consiste donc pas à adopter le look, la posture et les manières du méditant, à singer un modèle ou à devenir une statue vivante, mais au contraire à perdre ou déconstruire les déguisements sociaux, repères et croyances obsolètes, pour laisser resplendir la magnificence du moi véritable.
C'est ainsi que, couche après couche, strate après strate, la méditation authentique permet de se libérer de ces vieux vêtements usés et inutiles, qui recouvrent et masquent le soleil intérieur.
Voilà maintenant quelques décennies que la méditation est devenue à la mode ; et s'est peu à peu diffusée, dans les médias notamment, l'image stéréotypée du méditant installé dans une posture impeccable, accompagnée de l'idée naïve et simpliste que cette seule position immobile allait amener magiquement et automatiquement le bien-être et la sérénité.
 
En réalité, la méditation est une attitude intérieure, consistant à être constamment conscient de ce qui se produit en soi et autour de soi ; et c'est le développement de cette « conscience-témoin », qui va préparer le terrain et rendre possible l'émergence progressive de l'être intérieur et la venue d'états d’Éveil et d'expansion de conscience.
 
C'est pourquoi la méditation se pratique tout le temps ou jamais : elle ne consiste pas à s'asseoir en tailleur à horaires déterminés en suivant un protocole précis, mais à être à chaque instant attentif à ce qui advient ; elle est une dynamique intérieure qui se met en place, lorsque l'on commence à percevoir sereinement ses propres fonctionnements, comme le spectacle du monde.
La meilleure position de méditation est simplement celle qui permet le mieux de se détendre, se relâcher, s'ouvrir et lâcher prise, ce qui implique qu'elle sera différente pour chacun et selon le moment de la journée.
Ce qui montre bien que la posture de méditation n'a pas l'importance quelque peu fétichiste qu'on lui accorde, c'est que les états d’expansion de conscience, en pratique, surviennent n'importe quand et n'importe où, dans le courant de la vie, au moment même où l'on se détend et où l'on lâche prise, au restaurant, dans un ascenseur, sur le périphérique, en faisant du ski, en se promenant dans la rue...
L’Éveil comme l'amour ne connaît pas de loi ; il ne dépend pas d'une technique ou d'un enseignement, mais au contraire de l'oubli ou du renoncement à toute croyance, certitude ou idée préétablie.
La méditation, au final, n'est autre que la manière normale et naturelle de vivre, connecté à soi, conscient, centré et attentif à toutes choses, adoptant dès lors naturellement un comportement juste, moral, adapté et efficace.
Et c'est faute de cette vision juste, faute d'être reliés à leur sagesse intuitive, que les êtres humains adhèrent à des idéologies guerrières, obéissent à des traditions cruelles et irrationnelles ou se livrent à des activités malsaines, iniques ou prédatrices.
Aussi, la science de la conscience ou l'art de l'esprit que constitue la méditation, est-elle la clé méconnue qui changera le monde, pour peu que l'on s'affranchisse d'une conception archaïque et figée de la pratique méditative, qui l'identifie à cette étrange manie de rester le plus longtemps possible dans une position rigide, statique et hiératique, sorte d'exploit masochiste, absurde et inutile.

C'est par l'expansion de la conscience et la connaissance de soi, que l'être humain pourra changer profondément et durablement, et sortir alors des multiples impasses actuelles.
Chacun, tôt ou tard, sera amené à se tourner vers son propre esprit et à percevoir son propre fonctionnement ; et ce d'autant plus que se diffusera une nouvelle conception de la méditation, plus simple, plus aisée et accessible à tous, perçue non plus comme un cérémonial contraignant et fastidieux, mais comme un changement de regard sur soi et sur le monde, une découverte du bonheur d'être, de sentir et de vivre.
Car la vie est l'essence même de la méditation ; et la méditation n'est rien d'autre que l'expérience consciente de la vie.

L'Éveil de l'humanité
L'Éveil, tout comme la vie, connaît mille couleurs, mille nuances et mille déclinaisons.
Aussi, ne l'emprisonnons pas dans des définitions restrictives, des conceptions figées, des catégories fermées. Sachons le reconnaître derrière les multiples fards, voiles et déguisements qu'il se plaît à emprunter.
L'Éveil est partout, dans le chant du poète, l'extase des amoureux ou les cris de joie des enfants.
Cessons donc d'opposer éveillés et non-éveillés ; cessons d’idolâtrer les premiers et de mépriser les seconds ; renonçons à situer les uns et les autres d'un côté ou de l'autre de la barrière, car celle-ci est parfaitement imaginaire.
Même les éveillés les plus remarquables continuent chaque jour d'évoluer et de se transformer, car la vie est sans fin.
 
L'Éveil est la matière même de nos vies ; il n'est pas une chimère à attendre ou à espérer, mais une réalité à découvrir, défricher, explorer et ressentir, dès maintenant, dès aujourd’hui.
 
L'Éveil est l'énergie, la conscience et le signal du nouveau monde.
Aussi nous faut-il, pour le manifester, passer de l'état de disciple à celui de maître, reflétant ce que nous sommes en réalité et de toute éternité ; ce qui ne signifie nullement monter sur une estrade et nous faire adorer, mais assumer et exprimer notre vérité profonde, notre nature essentielle, notre indéfectible Éveil, chacun à sa manière et selon son inspiration.
Beaucoup vivent l'époque actuelle comme un calvaire ou une épreuve, en maugréant, rechignant et trainant les pieds.
Pourtant, en raison même de ses difficultés et incertitudes extrêmes, elle nous offre l'occasion idéale pour nous éveiller et nous accomplir à une vitesse accélérée. Sans doute avec le recul, ce temps apparaîtra-t-il comme une des plus fantastiques écoles d'évolution et d’Éveil, qu'il soit possible de connaître et d'expérimenter.
Alors, profitons-en pleinement ; et soyons aux premières loges pour assister et participer au fascinant spectacle de la mutation planétaire.
 
L'Éveil est ainsi notre droit, notre fête, notre défi et notre aventure.
L'Éveil est le changement qui vibre, pulse et court dans les printemps du monde entier, les événements joyeux, vivants et drôles, les mouvements spontanés, ludiques et imprévisibles.
L'Éveil est le sang qui coule dans nos veines, le torrent de vie qui irrigue nos cœurs, l'amour irrépressible qui émeut, bouleverse, transperce et illumine.
L'Éveil est la vocation, l'aspiration, la chance et le devenir de tout être vivant.
L'Éveil est la clé, le programme, le déclencheur et le mode d'emploi du monde à venir.

Pour tout renseignement complémentaire : ecologieinterieure.org

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