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Lisa Rodden |
Je
ne sais ce qu’il en est pour vous mais je plane à quinze mille ! Je ressens
le besoin de m’ancrer pour ne pas être déstabilisée par la sensation d’être à
plusieurs endroits à la fois. Ce n’est pas comme lorsqu’on est toujours dans
ses pensées, je suis relativement présente à ce que je fais mais je me sens
tellement peu attachée à ce qui est, que ça s’approche de l’absence. Je suis
tombée sur une de mes photos, retouchée, sur Facebook et malgré la sensation d’avoir
été spoliée, je me suis contentée de signaler que j’avais demandé de citer mon
nom en cas de diffusion des textes ou photos. La même chose s’est produite vis-à-vis
d’un texte dont l’intégralité n’avait pas été respectée.
Comme
il n’y a pas de hasard, je me tourne vers l’intérieur et constate que la
victime, le passé, n’ont plus autant d’impact sur le présent. Mais il y a aussi
là dedans comme un besoin de se situer, de trouver le juste milieu. Très souvent,
sur Facebook, les images sont partagées sans que le nom de l’auteur soit cité.
Au début, je me disais « c’est généreux de partager quelque chose qui
appartient aux autres », avec une certaine stupéfaction qui peu à peu est
devenue ironie. Je cogite sur le sujet et plusieurs arguments me viennent. Le
sens de la propriété peut être considéré comme de l’attachement mais d’un autre
côté, nous existons en tant qu’individu et ce que nous produisons, ce qui émane
de soi est comme une de nos créations. Ne pas mettre le nom de l’auteur c’est
rendre l’œuvre orpheline, nier l’existence de l’auteur, sa paternité. S’il est
vrai que nous ne sommes pas uniquement cette personne, cette enveloppe, elles
constituent tout de même notre forme, notre singularité, une part importante de
nous-même.