29 03 J’ai longtemps eu une vision du pardon qui était davantage un genre de statut quo, un refoulement émotionnel qui permettait de sauver les apparences tout en nourrissant le manque, les croyances d’enfance et les conditionnements adoptés afin de récolter quelques milligrammes d’amour. Autant par le fait de ne pas faire de vague, de donner l’impression d’être normal, comme tout le monde, de ne pas avoir été affectée par ce qui cependant a été vraiment traumatisant, que pour rassurer ma mère dans son rôle.
Comme si le fait d'être convaincue intellectuellement, idéologiquement, que je
devais pardonner effacerait les années de souffrance et me ferait passer au
stade d’adulte.
C’est
vrai cependant que durant l’enfance je sentais que la haine, la vengeance,
n’étaient pas ce qui me guérirait mais comme la violence reçue ne pouvait pas
s’exprimer librement, elle me rongeait de l’intérieur, nourrissant l’envie de
mourir, le rejet de soi, le déni, le conflit intérieur.
Cette vengeance qui est
aussi l’expression du besoin de réparation se retourne contre soi-même, contre
le corps physique, contre les émotions difficiles, violentes, qui n’ont pas le
droit de s’exprimer.
Pourtant c’est seulement en les laissant s’extérioriser
que peut se vivre le réel pardon et c’est seulement en prenant en charge nos
blessures profondes qu’on acquiert la maturité ou sagesse ou le sentiment de
sécurité.
Ce n’est pas un processus intellectuel parce que lorsqu’on pardonne
en se raisonnant, on est dans le déni, la violence et le rejet envers l’enfant
en soi. Le soi-disant adulte que nous croyons ou que nous voudrions être, minimise les souffrances de
l’enfant et le conflit entre ces deux aspects, entre la conscience et
l’inconscient, entre les corps mental et émotionnel, entre le passé et le présent, est permanent.